LES POSSIBILITÉS SONT INFINIES

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Extrait de "Eye on IT", n° 6, avril 2001. Avec l'autorisation de Fujitsu Technology Solutions, Inc.

Commerce électronique interentreprises : voir la réalité en face

La récente débâcle des cybermarchés interentreprises révèle qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Mais cela ne signifie pas qu'il faille dire adieu au commerce interentreprises.

L'an 2000 a été l'année de l'optimisme débridé quant au potentiel du commerce électronique interentreprises (B2B), qui promettait rien de moins que de toucher de nouveaux clients, de réduire les frais généraux, de rationaliser les stocks, de diminuer les coûts d'approvisionnement et de prévoir la demande!

Mais dès l'aube de 2001, les premiers participants annonçaient que le commerce interentreprises sur Internet était plus complexe, plus laborieux et plus gourmand en ressources qu'on ne l'avait cru. Technologie immature, personnel inexpérimenté (voire inexistant), budget insuffisant et infrastructures incompatibles des partenaires comptaient au nombre des principaux obstacles à la réussite en ligne. En outre, les promesses des places de marché électroniques ne se concrétisaient pas. En juin, un rapport de Forrester Research démontrait que seulement 36 pour cent de ces marchés réalisaient plus de 100 opérations par mois. On relevait la fermeture de nombreux portails et la raréfaction du capital de risque.

Que s'est-il donc passé?
Rien, déclarent en coeur nombre de professionnels et d'analystes, qui ne considèrent pas ces événements comme des signes d'échec, mais plutôt comme une phase prévisible de l'évolution de ce secteur. Tout d'abord, il était irréaliste de penser qu'il existait une solution toute faite pour réaménager des marchés entiers en fonction d'un univers en ligne; pensons simplement à la complexité d'une tâche comme la liaison des systèmes de gestion financière, d'entrée des commandes, de gestion des stocks et de fabrication d'une entreprise à ceux de plusieurs autres. Étant donné que nombre d'organisations n'ont pas encore entièrement intégré leurs propres processus de gestion, le commerce en ligne relevait plus de l'exercice d'échauffement que d'une activité concurrentielle. À titre d'exemple, la National Association of Manufacturers a annoncé, au début de l'an 2000, que 90 pour cent de ses membres (la plupart des entreprises affichant des ventes annuelles de plus de un milliard de dollars) n'étaient pas en mesure de traiter les commandes de façon électronique. Lorsqu'un client achetait un de leurs produits en ligne, il fallait imprimer la commande, puis entrer les données dans le système transactionnel. Autrement dit, pour de nombreux participants, faire du commerce B2B sur Internet, c'était tout simplement mettre la charrue devant les boeufs.

Les hauts et les bas des marchés interentreprises
La récente débâcle dans ce domaine a confondu la plupart des observateurs, qui croyaient que les places de marché électroniques indépendantes remporteraient le gros lot. Les marchés indépendants, ou publics, ne fonctionnent pas comme les marchés privés exploités par des sociétés individuelles comme Dell, Wal-Mart et des milliers d'autres, lesquelles ont intégré leur chaîne d'approvisionnement à celle de leurs principaux fournisseurs. Les marchés indépendants se distinguent également des nouveaux centres d'échanges de consortiums comme Exostar, lancé par des leaders du secteur de l'aérospatiale, et Covisint, créé par les trois géants de la construction automobile : General Motors, Ford et Daimler-Chrysler. En effet, contrairement à ces deux types de plateforme, les marchés indépendants sont ouverts à quiconque est prêt à en acquitter les frais. Certains exigent des droits annuels allant de 3000 à 10 000 dollars, d'autres appliquent des frais de transaction variant de deux cents à deux dollars selon le volume de transactions ou, encore, retiennent un pourcentage sur l'opération, en général de un ou un et demi pour cent.

Le repli du commerce interentreprises a durement frappé les marchés indépendants. La fermeture, en décembre dernier, par Ventro Corporation, de deux cybermarchés très vantés - Chemdex, dans le secteur des sciences biologiques, et Promedix, dans celui des produits médicaux de spécialité - qui a entraîné la mise à pied de 235 travailleurs et des pertes de 431 millions de dollars, laissait entrevoir une tendance. Il est de plus en plus clair que, pour survivre, les marchés B2B doivent proposer aux acheteurs et aux vendeurs bien plus qu'un simple lieu de magasinage comparatif. Les membres des marchés plus prospères ont entamé une intégration de leurs applications administratives afin de faciliter l'établissement de prévisions de la demande, la diffusion de renseignements sur le développement de produits et une tarification dynamique sur une base collaborative. Pour survivre à long terme, les marchés indépendants doivent aller encore plus loin et fournir des services comme la gestion des contrats, la planification, la logistique de livraison, la distribution des produits et l'assurance. Le Gartner Group croit qu'il faudra attendre 2005 pour voir de telles initiatives se concrétiser. Certains analystes sont prêts à parier que les centres d'échanges de consortiums seront les grands gagnants sur la scène du commerce B2B en ligne, notamment en raison du pouvoir d'achat collectif des consortiums, qui leur permet d'attirer des fournisseurs, ainsi que de leurs ressources communes grâce auxquelles ils peuvent innover sans être tributaires des sociétés de capital de risque. Mais les sceptiques rétorquent que les marchés de consortiums seront victimes d'une gestion incohérente et s'embourberont dans des conflits de pouvoirs et la bureaucratie. Par ailleurs, les lois antitrust américaines pourraient entrer en jeu. Bien que le ministère américain de la Justice ait récemment approuvé le marché automobile Covisint, des enquêtes sont toujours en cours afin d'examiner, au cas par cas, d'autres centres d'échanges de consortiums.

À l'heure actuelle, les places de marché privées sont les plus prospères des centres d'échanges B2B. Le Gartner Group estime qu'environ 30 000 marchés privés se trouvent actuellement à des phases diverses de leur développement, contre quelque 600 marchés indépendants. La firme de recherche sur Internet e-Marketer Inc. rapporte que 93 pour cent des opérations de commerce interentreprises sont actuellement effectuées par l'intermédiaire de marchés privés, dont les chefs de file ont su réaliser d'importantes compressions des coûts liés à la chaîne d'approvisionnement : réduction de 20 à 40 pour cent des frais généraux et de 5 à 15 pour cent des coûts d'achat, et passage des erreurs documentaires de 20 à moins de un pour cent. Leur capital de roulement par unité de vente est moitié moins élevé que celui de leurs concurrents moyens. Cependant, une enquête réalisée au cours des onze dernières années par le Georgia Institute of Technology et portant sur 861 entreprises jette une ombre sur ce tableau idyllique. En effet, cette étude révèle que des erreurs se produisent encore dans les chaînes d'approvisionnement et que, lorsque c'est le cas, le chiffre d'affaires et le cours des titres peuvent en souffrir gravement. Ainsi, chez les entreprises examinées, de telles erreurs ont entraîné une baisse des cours de 8,63 pour cent, soit l'équivalent de 120 millions de dollars en capitaux investis par entreprise. Cette étude conclut que le rendement de l'investissement d'une chaîne d'approvisionnement virtuelle ne peut pas encore être quantifié de façon décisive.

Privés, indépendants ou établis par des consortiums, les marchés B2B ne disparaîtront sûrement pas, bien qu'une consolidation semble probable. Le groupe Forrester Research prévoit que moins de 200 marchés électroniques réussiront à survivre. Parallèlement, un nouveau phénomène se profile à l'horizon : les connexions intermarchés, ou E2E. Ce concept est passé de la simple vision à la réalité en janvier, lorsque deux centres d'échanges de consortiums - Transora, spécialisé dans les produits de consommation, et GlobalNetXchange, un cybermarché de détail - ont annoncé la création d'une coentreprise baptisée Megahub. Megahub autorise la communication entre les membres de divers marchés électroniques qui utilisent des technologies différentes. Ce qui nous amène à un sujet brûlant d'actualité : les normes.

EDI contre XML
Un des plus grands obstacles techniques au commerce interentreprises sur Internet a été l'absence de normes d'échange de données. Pendant des années, nombre d'entreprises ont utilisé la technique d'échange de données informatisé (EDI) pour partager, avec leurs clients et fournisseurs, l'information relative aux commandes, aux stocks et à la disponibilité des produits. Bien que l'EDI donne de bons résultats et qu'il permette d'accélérer et de simplifier les transactions, son coût élevé en a généralement restreint l'usage aux grandes sociétés.

Entre-temps, le Web a donné naissance à un format de données souple, appelé langage XML, qui propose un format commun pour les entités ne parlant pas la même langue. Le langage XML présente des avantages considérables pour les opérations en ligne. De fait, il assure une connectivité sans contrainte en temps réel sur un réseau gratuit (Internet), contrairement à l'EDI qui se caractérise par son mode de communication bi-univoque sur des réseaux à valeur ajoutée onéreux. Cependant, les fichiers XML sont de cinq à dix fois plus gros (et donc plus longs à transmettre) que les fichiers EDI, ce qui exige une bande passante plus large et davantage de cycles pour transférer les données. Cette dernière considération, si elle ne préoccupe pas outre mesure les petites et moyennes entreprises, constitue une restriction importante pour celles qui doivent traiter de gros volumes de données.

Néanmoins, ceux qui désirent faire affaire sur Internet considèrent souvent le langage XML comme la porte d'entrée sur ce marché. Il existe des outils d'intégration de l'EDI et du langage XML, et plusieurs prestataires de services d'impartition ont ajouté l'interfonctionnement EDI/XML au portefeuille des services proposés aux entreprises qui désirent se décharger de la tâche. Une entreprise aussi choisir de devenir membre d'un marché B2B qui effectuera la conversion EDI/XML. Cependant, sur le plan des normes, tout n'est pas encore réglé. Le langage XML peut prendre plusieurs formes (rappelons-nous qu'il s'agit d'un format de données, et non d'un protocole ou d'une application), et divers secteurs d'activité ont mis au point des formats XML distincts, dont RosettaNet, pour les secteurs des composants électroniques et des TI, et SWIFT, pour le secteur bancaire et celui des finances. L'Open Applications Group Inc. (OAGI) publie 122 formats XML adaptés pour diverses transactions d'affaires. Les membres de l'OAGI conviennent de prendre en charge ces spécifications sur leurs sites Web, ce qui constitue en soit une initiative louable, mais des difficultés peuvent surgir lorsqu'une entreprise met en oeuvre un même document XML de façon différente. Ainsi, il arrive que deux entreprises ne placent pas le même champ d'expédition au même endroit. Mais plus important encore, la plupart des vocabulaires XML actuels ne décrivent que des types de transfert de données simples, et non les étapes complexes d'une opération courante dans la chaîne d'approvisionnement. Une seule transaction exige donc parfois l'échange de quatre ou cinq messages, dans un ordre particulier. Bien qu'on s'efforce actuellement de simplifier le processus, il n'existe toujours pas de solution.

Partisans contre sceptiques
S'il y a un jour rationalisation et adoption de normes spécifiques, et si les places de marché électroniques finissent par atteindre une certaine stabilité, le commerce interentreprises en ligne devancera-t-il les méthodes traditionnelles? Oui, de l'avis de certains. AMR Research, par exemple, prévoit que le commerce électronique B2B représentera 2,7 billions de dollars d'ici 2004, et le Gartner Group va plus loin avec un chiffre de 7,29 billions. Forrester Research avance également le chiffre de 2,7 billions de dollars, en ajoutant que 74 pour cent de ces transactions seront effectuées sur des marchés interentreprises.

D'autres estiment que le commerce interentreprises en ligne présente certaines limites intrinsèques. Ils soulignent que la vision d'une collaboration générale des partenaires commerciaux et une efficacité de bout en bout de la chaîne d'approvisionnement n'est rien d'autre que cela : une vision, car la simple complexité de la chose en interdira la mise en oeuvre globale. Malgré son nom, la chaîne d'approvisionnement n'est pas un flux linéaire; elle met en jeu une foule de relations complexes. De plus, les entreprises ne sont pas toutes prêtes à partager l'information relative au développement de leurs produits ou leurs prévisions de la demande, pas plus que des renseignements qui pourraient nuire à leur compétitivité. Selon les sceptiques, les activités de commerce électronique interentreprises seront menées de façon beaucoup plus fragmentaire que les tenants l'envisagent et l'information sera partagée entre des partenaires soigneusement sélectionnés collaborant au sein de créneaux spécifiques.

D'autres, enfin, pensent que l'on a négligé la question de la confiance. L'acheteur en ligne se pose les questions suivantes : Avec qui suis-je en train de faire affaire? Quels sont ses antécédents d'échanges commerciaux? En quoi consiste son programme d'assurance-qualité? Vais-je recevoir les biens que j'ai demandés? À qui dois-je m'adresser en cas de problème? Et comment dois-je m'y prendre? Le vendeur, quant à lui, veut trouver réponse à ces questions : Ce client me payera-t-il et à temps? Sinon, à qui dois-je m'adresser? Comment? À ces questions d'affaires courantes s'ajoutent de nouvelles, issues de la nature même du commerce Internet : Le vendeur dispose-t-il d'une liaison efficace à Internet? Cette liaison est-elle sécurisée? Certains des premiers adeptes du commerce électronique interentreprises, qui avaient prévu l'émergence de ces préoccupations, ont créé, en mai 2000, le "Forum for Trust in Online Trade" afin d'élaborer un système d'évaluation fondé sur les réponses à de telles interrogations. Dans le cadre de ce programme, des labels de qualité bleus, argent et or seront décernés, un label or indiquant le niveau de confiance le plus élevé. L'avenir nous dira si de telles marques de confiance suffiront à remplacer la poignée de main ou l'appel téléphonique.

Retour aux sources Retour aux sources
S'il y a une conclusion indéniable qui se dégage de l'agitation entourant le commerce interentreprises en ligne, c'est bien la suivante : il faut revoir les principes fondamentaux. Avant de se bâtir une présence en ligne, votre entreprise doit se demander non seulement si elle doit franchir cette étape, mais également comment elle doit s'y prendre, avec qui elle doit le faire et pourquoi. Vous devez évaluer vos processus de gestion actuels ainsi que les relations avec vos clients et fournisseurs afin de déterminer lesquels seront inclus dans une place de marché électronique. Ensuite, vous pourrez identifier les applications et les bases de données à exploiter, et utiliser cette information dans le cadre de la planification de l'architecture.

Les analystes font remarquer que peu d'entreprises disposent actuellement de la technologie appropriée. Toutefois, si vous possédez une architecture souple de type multiniveau, avec couches de présentation, de logique de gestion et de bases de données, vous avez l'infrastructure nécessaire. Il suffit alors de l'adapter en lui ajoutant des tranches redimensionnables de serveurs Web et de serveurs d'applications pour lancer un site Web, l'infrastructure résultante pouvant être ensuite adaptée de nouveau afin d'établir la liaison à d'autres tranches de présentation, dont les marchés B2B, lorsque votre entreprise sera prête. L'intégration des processus d'arrière-plan constitue l'étape la plus difficile. Avant de commencer, vous devez vous assurer que vos propres applications sont intégrées de façon transparente. Vous devrez ensuite maîtriser les intermédiciels et la messagerie XML. Deux des démarches les plus courantes consistent à utiliser des intermédiciels de messagerie et des outils d'intégration d'applications d'entreprise (EAI). L'intermédiciel de messagerie relie les applications à un bus de message qui gère les communications entre les programmes, mais ne traduit pas les données. Les outils EAI prennent en charge un large éventail de fonctions, dont la traduction des données, l'échange des messages entre applications, la gestion des transactions et la sécurité. Ces deux méthodes exigent des travaux poussés d'analyse et de conception. Il faut se rappeler que l'objectif final consiste à créer une infrastructure universelle et adaptable assurant l'intégration des processus de gestion à l'échelle de l'entreprise, puis à choisir les fournisseurs dont les logiciels pourront fonctionner dans le cadre de cette infrastructure.

Mais qui donc a le temps et les ressources pour faire tout cela? Si vous-même répondez "certainement pas mon entreprise", vous voudrez sans doute devenir membre d'un marché interentreprises et confier à d'autres une tâche aussi lourde - car de tels travaux ne sont pas une sinécure. Quoiqu'en disent les partisans, la participation à un marché B2B va bien au-delà de la simple création de quelques liens, en particulier si vos objectifs visent notamment l'intégration de vos processus d'arrière-plan à ce marché (et la plupart des spécialistes conviennent qu'une telle intégration est la seule façon de tirer pleinement parti des avantages du commerce interentreprises). Les premiers qui se sont adonnés au commerce interentreprises découvrent aujourd'hui que, dans presque tous les cas, il leur faut adapter leurs propres processus de chaîne d'approvisionnement. Certaines entreprises ont même dû remanier leur modèle d'affaires. Compte tenu des coûts, une telle intégration en vaut-elle la peine? L'étude du groupe Forrester Research évoquée précédemment semble indiquer que la plupart des gens le croient. Bien que seulement huit pour cent des entreprises interrogées aient intégré leurs applications principales à une place de marché électronique, 85 pour cent sont en train de mettre au point des plans d'intégration à cette fin. Par ailleurs, 70 pour cent prévoient participer à plusieurs marchés interentreprises, soit quatre ou cinq, pour se retirer de ceux qui ne donneront pas les résultats escomptés. Ainsi donc, bien que le commerce interentreprises n'ait pas encore acquis ses lettres de noblesse, il semble que les entreprises du secteur des TI seraient bien avisées de surveiller attentivement son évolution. En effet, bien qu'un calme relatif ait suivi le brouhaha des derniers mois, on ne sait toujours pas exactement ce que réserve l'avenir dans ce domaine.

B2B 101
S'il y a une conclusion indéniable qui se soit dégagée de l'agitation entourant le commerce interentreprises en ligne, c'est bien la suivante : il faut revoir les principes fondamentaux. Pour faciliter le passage de votre entreprise au commerce en ligne, vous devez :

  • Poser les bonnes questions - non seulement s'il faut ou non faire affaire en ligne, mais également comment, avec qui et pourquoi;
  • Évaluer vos processus de gestion actuels ainsi que les relations avec vos clients et fournisseurs afin de déterminer lesquels seront inclus dans une place de marché électronique;
  • Identifier les applications et les bases de données à exploiter et utiliser cette information dans le cadre de la planification de l'architecture;
  • Créer une infrastructure universelle, multiniveau et adaptable assurant une intégration transparente des processus de gestion à l'échelle de l'entreprise, puis choisir les fournisseurs dont les logiciels pourront fonctionner dans cet environnement.